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Gabon : Numérisation difficile pour l’administration gabonaise

Le 5 mars 2026, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a lancé le système national de traçabilité de la filière viande de brousse. Le dispositif repose sur un mécanisme numérique simple : l’attribution d’un code QR permettant de suivre l’origine des produits issus de la faune sauvage, depuis leur zone de prélèvement jusqu’aux points de vente. L’objectif affiché est de garantir la légalité des produits, renforcer le contrôle de leur commercialisation et structurer un secteur important pour l’économie rurale.

Sur le plan technique, l’initiative s’inscrit dans une logique de modernisation. Les autorités souhaitent instaurer davantage de transparence dans une filière souvent marquée par l’informalité, tout en conciliant exploitation des ressources fauniques et préservation de la biodiversité. La mesure s’inscrit également dans la dynamique du Plan national de croissance et de développement, qui encourage l’usage des outils numériques pour améliorer la gouvernance publique.

Mais ce projet soulève une interrogation plus large : celle des priorités dans la numérisation de l’État. Depuis plusieurs années, la digitalisation de l’administration gabonaise est régulièrement annoncée comme un chantier majeur. Pourtant, dans la pratique, de nombreuses démarches administratives continuent de se faire sur papier, dans des bureaux où les procédures restent longues, parfois opaques, et rarement interconnectées.

Dans ce contexte, voir apparaître un système numérique sophistiqué pour tracer la viande de brousse peut surprendre certains observateurs. Alors que les citoyens attendent encore la dématérialisation effective de nombreux services publics, état civil, documents administratifs, procédures fiscales ou foncières, la modernisation semble parfois avancer par segments inattendus.

Cela ne signifie pas que la régulation de la filière viande de brousse soit inutile, bien au contraire, elle représente une source essentielle de protéines pour de nombreuses populations et un revenu pour des milliers de ménages vivant en zone rurale. Sa structuration peut contribuer à mieux encadrer l’exploitation de la faune et à lutter contre certaines pratiques illégales.

La question reste toutefois celle de la cohérence globale des politiques publiques. Car si l’État parvient à suivre numériquement un morceau de gibier jusqu’à un étal de marché, beaucoup se demandent pourquoi il reste encore si difficile de suivre, avec la même efficacité, un dossier administratif dans les couloirs de l’administration.

Entre ambition technologique et réalités bureaucratiques, le QR code de la viande de brousse illustre finalement un paradoxe bien gabonais : l’innovation avance… mais pas toujours là où on l’attend.

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